Texte n°10 : Acte II Scène 5 - La tirade de Perdican (incomplet)
On ne badine pas avec l'amour (1834), Alfred de Musset
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Extrait
Perdican Sais-tu ce que c’est que des nonnes, malheureuse fille ? Elles qui te représentent l’amour des hommes comme un mensonge, savent-elles qu’il y a pis encore, le mensonge de l’amour divin ? Savent-elles que c’est un crime qu’elles font, de venir chuchoter à une vierge des paroles de femme ? Ah ! comme elles t’ont fait la leçon ! Comme j’avais prévu tout cela quand tu t’es arrêtée devant le portrait de notre vieille tante ! Tu voulais partir sans me serrer la main ; tu ne voulais revoir ni ce bois, ni cette pauvre petite fontaine qui nous regarde tout en larmes ; tu reniais les jours de ton enfance, et le masque de plâtre que les nonnes t’ont plaqué sur les joues, me refusait un baiser de frère ; mais ton cœur a battu ; il a oublié sa leçon, lui qui ne sait pas lire, et tu es revenue t’asseoir sur l’herbe où nous voilà. Eh bien ! Camille, ces femmes ont bien parlé ; elles t’ont mise dans le vrai chemin ; il pourra m’en coûter le bonheur de ma vie ; mais dis-leur cela de ma part : le ciel n’est pas pour elles.
Camille Ni pour moi, n’est-ce pas ?
Perdican Adieu, Camille, retourne à ton couvent, et lorsqu’on te fera de ces récits hideux qui t’ont empoisonnée, réponds ce que je vais te dire : Tous les hommes sont menteurs, inconstants, faux, bavards, hypocrites, orgueilleux ou lâches, méprisables et sensuels ; toutes les femmes sont perfides, artificieuses, vaniteuses, curieuses et dépravées ; le monde n’est qu’un égout sans fond où les phoques les plus informes rampent et se tordent sur des montagnes de fange ; mais il y a au monde une chose sainte et sublime, c’est l’union de deux de ces êtres si imparfaits et si affreux. On est souvent trompé en amour, souvent blessé et souvent malheureux ; mais on aime, et quand on est sur le bord de sa tombe, on se retourne pour regarder en arrière, et on se dit : J’ai souffert souvent, je me suis trompé quelquefois, mais j’ai aimé. C’est moi qui ai vécu, et non pas un être factice créé par mon orgueil et mon ennui.
(Il sort.)
Introduction
Le romantisme est un motif littéraire qui connaît un grand succès pendant la première moitié du XIXe siècle. Il s’oppose au classicisme, qui lui a des règles très strictes provenant du théâtre lors de l’antiquité gréco-romaine. La mission du romantisme est de …
On ne badine pas avec l’amour est une pièce de théâtre d’Alfred de Musset, sortie en 1934…
Problématique
Comment, dans cette fin du deuxième acte, Perdican donne la conception réelle de l’amour ?
Plan
- Une virulente condamnation du message des nonnes du début à “notre vieille tante !”
- Une provocation contre Camille sur la confrontation avec la vie de “tu voulais” à …
- Un vibrant éloge romantique de l’amour de … à la fin